AVEZ-VOUS DES LIBRAIRIES DANS VOTRE FORÊT… ? Une chronique de Néfertiti

Récemment le président de la première puissance mondiale déclarait sans grande gêne, que les pays
Africains et Haïti sont des « pays de M… ». A ces propos, des milliers de personnes à travers le monde
se sont indignées à s’arracher les cheveux. Irrespectueux, injurieux, condescendants ont-ils laissé
entendre; et pour une fois la diplomatie africaine à L’ONU s’est faite remarquée.
Mais avec du recul, ces propos de Donald Trump qui forment la constance du personnage qui nous a
habitué à un langage très « fleuri », interpellent sur la considération qui est portée à l’Afrique et aux
peuples africains : Et cela n’est pas vraiment nouveau. Cet homme n’aurait-il pas dit tout haut ce qui se
dit frequemment en des termes plus diplomatiques ?
Ce qu’il dit à sa manière s’entend et se constate régulièrement lors de grands évènements politiques,
sociaux économiques, et culturels. Tout comme les médias internationaux qui s’en font régulièrement
échos. D’ailleurs, l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie auteure de : « l’hibiscus pourpre »,
« Americanah », ou « l’autre moitié du soleil », romans à succès traduit en plusieurs langues dont le
Français, en a payé les frais lors qu’une interview relayée par les web tv officielles.
En effet, invitée d’honneur et ambassadrice de La troisième Edition de la Nuit des Idées le 25 janvier
dernier en France, Chimamanda Ngozi Adichie a cru rêver lorsque Caroline Broué, journaliste France
culture, lui a posé la question suivante : « vos livres sont-ils lus au Nigeria ? ». Face à une question aussi
lourde de sous-entendus, Chimamanda a répondu avec beaucoup de tact : « Tout à fait ça va peut-être
vous choquer mais oui ».
La journaliste va enchainer avec une autre question d’une incongruité fascinante : « Est-ce qu’il y a des
librairies au Nigeria ? » A cette autre question, des grognes et murmures se font entendre dans le public
présent dans la salle. Visiblement confuse et embarrassée, la journaliste va s’enfoncer en voulant se
justifier par ces propos : « c’est précisément parce que ça vous fait réagir comme ça que je pose la
question […] quand on parle du Nigeria, on parle de Boko Haram, on parle de problème de violence, de
problème de sécurité…d’où cette question … » Justification à laquelle l’écrivaine a répliqué en toute
dignité : « je pense que le fait que vous ayez à me poser cette question donne une très mauvaise image
des Français…. Parce que je me dis qu’on est en 2018, allez… ». Une réplique qui a soulevé une salve
d’applaudissements dans le public.
Ainsi, pour la journaliste Caroline Broué, la question sur les librairies au Nigeria permet de parler
autrement de la première puissance économique africaine. En d’autres termes pour faire connaitre un
pays autrement et montrer sa valeur, on demanderait à une écrivaine qui y est originaire s’il y a des
librairies chez elle.
Je ne sais quelle est votre opinion, mais en lisant entre les lignes, cette question traduirait tout
simplement la considération portée au Nigéria : un pays de M… comme un écho aux propos du président
américain.
Même si le Nigeria comme l’Afrique toute entière a encore des efforts à fournir dans plusieurs domaines,
il faut tout de même reconnaitre que l’Afrique bouge. Oui, aussi ‘’incroyable’’ que cela puisse
s’entendre, il y a bel est bien des Librairies au Nigeria, il y a des artistes qui créent, des milliardaires qui
émergent, des femmes libres, des enfants qui vont à l’école, des écrivains, des gens qui rêvent…
Toutefois, cette Afrique-là doit davantage prendre la mesure de sa responsabilité. Elle doit se raconter,
se montrer non pas parce qu’elle a à prouver quelque chose au reste du monde, mais pour rétablir ce qui
est : une Afrique digne, une Afrique qui brille, qui inspire, une Afrique fière de ce quelle est et de ce
qu’elle a. Elle doit pouvoir s’imposer au monde. Et elle ne peut y parvenir que par elle-même.

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