La facticité des motions de soutien

Ces sempiternelles « exhortations » adressées au chef de l’Etat ne sont, à la vérité, que sous-tendues par des visées politiques inavouées, lorsqu’elles ne relèvent pas du conformisme ou même du suivisme.

C’est à l’envi que pleuvent les motions de soutien à l’endroit du président de la République et chef de l’Etat du Cameroun, Paul Biya, après un de ses décrets portant création d’une structure étatique ou alors nominations à certains postes de responsabilité. Cet exercice, à la vérité, ne date pas du Renouveau. Il faut remonter au magistère du premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo, où cette entreprise politicienne avait certes un effet incantatoire sur le régime, mais aussi des relents d’un fonds de commerce de quelques courtisans du régime. Mais seulement, avec l’avènement du Renouveau, toute action du président Biya, quelle que soit sa portée politique ou sociale donne l’occasion à certains opportunistes de marchander leurs sympathies auprès de lui, par la formulation des motions de soutien dont la légèreté le dispute à la grossièreté.

C’est ainsi que, quelques responsables locaux au nom de leurs sections, de multiples associations locales, régionales, claniques, ethniques et même professionnelles n’ont de cesse, depuis le début du septennat présidentiel qui tire à sa fin, à rebattre les oreilles des Camerounais. Au quotidien, dans certains médias nationaux revêtus aux couleurs du Renouveau entend-on lire : « Au nom des populations de…, les forces vives, pour la préservation de la paix et l’unité, la protection des hommes et des biens et la préservation de l’intégrité du territoire national ; de même que la poursuite inlassablement de la mise en œuvre méthodique de la politique des Grandes réalisations pour le Cameroun, exhortent « avec déférence » le président, Paul Biya, à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle». Les nominations de généraux dernièrement ou la désignation de responsables à la tête de la Commission nationale chargée de promouvoir le multiculturalisme et le bilinguisme au Cameroun n’ont pas échappé à ces « hypocrites ».

La popularité populaire

Surtout, il faut ne pas se fier à ces manifestations populaires orchestrées par des « charlatans » pour se faire l’idée de la popularité du président de la République ou de ses décisions à l’applaudimètre national. Ces initiatives ont des visées politiques, mais aussi relèvent du conformisme et même du suivisme. « Ne jamais oser, même quand on n’est pas en phase avec le Prince, de le lui faire savoir. Il faut faire le jeu et parfois même mieux que ses vrais partisans ». Cette démarche biaisée est celle qui dicte tout déferlement de motions de soutien, même lorsqu’il n’en faut pas. Le semblant d’inflation du culte de la personnalité qui précède et accompagne chaque campagne présidentielle et qui cherche à montrer toujours cette période comme celle du triomphe du règne de Paul Biya, ne trompe personne. Ces pratiques de griotisme entament même la crédibilité du chef de l’Etat.

Certains médias à capitaux privés ont dénoncé dernièrement la facticité des motions de soutien qui fusaient de toutes parts, suite à la promotion au grade de général de onze valeureux colonels, et pourtant bien de défis interpellent les  forces de défense pour lesquels les politiciens devraient se pencher. « Décidemment, le ridicule ne tue pas au Cameroun. Les politiciens habitués à amuser la galerie pour des sujets bidon en sont arrivés à désacraliser les valeurs nobles de la République comme l’armée. Il est su dans tous les pays que l’armée est apolitique, c’est un instrument de souveraineté dont la mission principale consiste à veiller sur l’intégrité territoriale de l’Etat et la protection des populations et de leurs biens » s’était insurgé un journaliste camerounais.

JMB

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