Ndèye Fatou Kane : ‘‘Je voulais recentrer le débat et montrer que l’on pouvait être féministe, mais aussi féminine …’’

L’écrivaine Ndèye Fatou Kane née le 23 novembre 1986 à Dakar, titulaire d’un Master 2 en Transport, Logistique et Management portuaire d’une Ecole de commerce française est la petite fille du célèbre romancier sénégalais Cheikh Hamidou Kane, auteur du best seller : L’Aventure Ambigüe”. La littérature est donc congénitale dans cette famille parce que son papa est aussi un passionné de littérature. Elle vient de publier un autre ouvrage qui a pour titre : « Vous avez dit féministe ».


Pourriez-vous mieux vous présenter à nos lecteurs et êtes-vous féministe ?

Je m’appelle Ndèye Fatou Kane, jeune sénégalaise amoureuse des mots, bloggeuse depuis une huitaine d’années (www.cequejaidanslatete.wordpress.com), auteure aussi. J’ai publié mon premier roman Le Malheur de vivre (L’Harmattan, 2014), suivi de Franklin, l’insoumis, un ouvrage collectif (La Doxa, 2016), et là Vous avez dit féministe ? Mon nouvel ouvrage, vient de paraître chez L’Harmattan.
Étant donné que je viens de publier un livre traitant de la question du féminisme, je serai tentée de répondre oui et de passer à la question suivante. Mais je marque une pause et y rajoute que si être féministe s’apparente à être préoccupée par les questions féminines et le devenir des femmes, alors oui, je suis féministe.

Qu’est-ce qui vous a motivée à consacrer un ouvrage sur le sujet du féminisme et quelle est la substance de votre livre ?

J’ai fait le constat que la question du féminisme n’était pas assez débattue. Dans mon pays le Sénégal, nous avons eu de grands mouvements féministes portés par des femmes universitaires et chercheures, mais plus le temps passait, plus leur mouvement s’essoufflait. Cette absence de relève m’a poussée à réfléchir et m’a donnée envie d’écrire cet ouvrage. Mon livre s’articule autour de quatre axes majeurs : un avant – propos où j’explicite les raisons qui m’ont amenée à écrire Vous avez dit féministe ? une analyse des écrits de quatre femmes de lettres que sont Simone De Beauvoir, Awa Thiam, Mariama Bâ et Chimamanda Ngozi Adichie, l’avis d’un sociologue sur la question, pour finir par une nouvelle qui fait corps avec tout le reste. Sans oublier la conclusion.

Que représentent pour vous les femmes suivantes dont vous évoquez dans votre livre par rapport au féminisme: Simone de Beauvoir,  Chimamanda Ngozi, Awa Thiam et Mariama Bâ ?

Comme dit précédemment, ces quatre femmes-là constituent le centre de mon étude autour du féminisme. Il est vrai qu’une bibliographie fournie existe autour du sujet, mais pourquoi avoir choisi ces quatre femmes ? Parce que Simone De Beauvoir, avec son célèbre ouvrage Le Deuxième Sexe, est une précurseure autour des questions féministes, Awa Thiam et Mariama Bâ sont mes compatriotes, mais pas que, car elles ont écrit sur des sujets jugés “tabous” dans une société sénégalaise post – indépendante encore réfractaire au changement notamment via leurs ouvrages Une si longue lettre, Un chant écarlate et La parole aux négresses.
Enfin, Chimamanda Adichie pour le vent de fraîcheur qu’elle apporte au féminisme et le regard intéressant qu’elle jette sur la thématique.

Est-ce que le terme féministe ne devient pas de plus en plus galvaudé compte tenu du fait qu’on semble l’utiliser n’importe comment aujourd’hui par certaines femmes qui se disent féministes ?

Exactement, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’écrire ce livre. Le terme féministe en sus d’être galvaudé, souffre aussi d’une forte dose de négativité. Être féministe aujourd’hui est quasiment assimilé à une insulte. Je voulais donc recentrer le débat et montrer que l’on pouvait être féministe, mais aussi féminine … Et que des féministes il en existait déjà en Afrique. J’en cite quelques – unes Ransome Kuti, Linguère Ndaté Yala Mbodj …

Etre féministe pourrait aussi se justifier par les actes et une volonté d’indépendance de la femme. En effet, je me souviens que ma mère devenue veuve assez jeune avec six enfants avait refusé le soutien conditionnel d’un oncle paternel qui semblait convoiter notre élégante et belle maman à l’époque avec le poids des traditions et coutumes. Notre maman Augustine NDIHE d’une fidélité hors du commun pour l’honorer et qui fêtera ses 86 ans le 26 mai prochain s’il plaît à Dieu avait refusé catégoriquement avec la raison valable qu’elle était mariée à un seul homme qui était aussi son ami d’enfance, son grand-frère et elle sa petite-sœur comme les deux s’appelaient depuis le jeune âge. N’est-ce pas un acte féministe d’une jeune maman devenue veuve d’avoir réussi à élever et éduquer toute seule ses enfants grâce à son petit commerce et ses activités agricoles ?

Votre mère était une féministe avant l’heure. Le féminisme ne se résume pas seulement à la maîtrise de tout ce qui a été écrit sur le sujet. On peut être féministe dans ses actes de tous les jours !

Voltaire disait que l’injustice à la fin produit l’indépendance.  L’injustice des hommes envers les femmes au quotidien peut nourrir ou alimenter le féminisme.  Qu’en dites-vous ?

Je suis parfaitement du même avis. Si le féminisme est vu d’une certaine façon de nos jours, c’est un peu de l’affaire des hommes, qui ont décidé que les féministes étaient une certaine catégorie de femmes et les ont traitées de tous les noms. Raison pour laquelle je destine Vous avez dit féministe? aux femmes bien sûr, mais aussi aux hommes. Et ensemble, nous pourrons changer de paradigme et repenser le féminisme.

 Quel  est votre message aux femmes du monde notamment aux femmes africaines en général et féministes en particulier ?

Battez-vous, imposez-vous, faites entendre votre voix, montrez que vous êtes là et surtout allez à la recherche de l’information ! Un grand merci !
Vous avez dit féministe? est déjà disponible en ligne via les sites de vente de livres (Fnac, Amazon, Decitre). Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire. Merci encore !

                                                                     Propos recueillis à Paris par Ferdinand Mayega

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